Ce que l’on appelle Madagascar est un bloc de terre qui nage dans l’ouest de l’océan indien. Le coeur de l’île est occupé par les « hauts plateaux » recouverts de rizières ordonnées. Cet espace est habité par les « Mérina », une ethnie d’origine indonésienne dont les représentants actuels ont les cheveux lisses et la peau claire. Ce peuple domine politiquement et culturellement le pays, le maire de la capitale ainsi que le président de la république sont issu de cette région.
Sur les côtes, différentes ethnies cohabitent, on les regroupe sous le nom de « Côtiers ». Ils ont les cheveux crépus et la peau foncée. Il existe une grande défiance entre ces ethnies et les Merina.
Fort-Dauphin est une ville côtière très isolée dans le pays puisqu’il faut trois jours de taxis brousse, sur des routes outrageusement vieilles, pour rejoindre Tananarive. De belles plages, des maisons de bois, proches de nos paillotes corses et des arbres fruitiers forment, en même temps qu’un Eden quotidien, la périphérie de la cité. Un voyageur qui visiterait ce chef lieu ne pourrait utiliser de cartes car il en existe aucune, mais il découvrirait son urbanisme des matériaux : d’en haut la ville dure contemple la ville de bois. Dans l’espace de brique et de béton trônent de vieux bâtiments coloniaux solidement effrités qui rappellent que le pays est indépendant depuis 50 ans. Ces immenses battisses vides semblent pleurer une agitation disparue.
La ville basse est une prolifération de cabanons anarchiques qui ont toutes les formes du monde évoquant ainsi les chefs d’œuvres
cubistes.
A la jonction de ces deux zones, la vie explose : c’est le marché. Espace délirant ou tout l’univers est disposé à même le sol. Des fruits radieux coexistent avec d’infâmes paillassons, d’inutiles objets nous attendent au détour de chaque passage, la vitalité des mouches côtoie la raideur des cadavres de zébus.
Les autochtones sont un mystère. Gorgés de ce qui nous semble être des paradoxes, les Malgaches coulent une vie paisiblement difficile. La jeunesse de ces hommes et de ces femmes est un souffle qui atteint tout nouvel arrivant : enfants, adolescents, jeunes mères, hommes puissants marchent et courent dans toute la ville. Les autres semblent absents. Absents pour l’étranger seulement car les antiques âmes sont là pour leurs descendants. Les esprits, les fantômes, les monstres accompagnent le cœur des Malgaches à chaque battement.
Cette vigoureuse population est pourtant gravement handicapée : une maladie chronique, la pauvreté, frappe tous les autochtones. La misère pleine de crasse drape de son linge sale tout le pays qui pourtant vit en paix.
La vie sociale est doublement encadrée, par un pouvoir moderne hérité de notre Histoire et par un pouvoir ancien hérité de la leur.
Il y a les lois de l’Etat qui ne sont pas ou prou respectés car ici personne n’est plus pauvre qu’un fonctionnaire. Le pays passe son temps à scier la branche sur laquelle il veut s’asseoir.
Le quotidien est surtout régulé par la tradition. Les « fady » sont des interdits plus puissants que n’importe quelle administration. Il rôdent dans chaque temps, dans chaque mesure de la musique journalière. De l’endroit où j’urine jusqu'à l’heure où je peux vendre du sel, les « fady » sont là.
Cette vie s’accommode facilement de technologie, des téléphones portables, tels des tiques, sont collés aux oreilles des habitants
dont on ne sait s’ils dialoguent avec les vivants ou les morts.
De retour à Fort- Dauphin. Les pluies sont
finies. Restent les flaques!
Les vues depuis chez nous, dans le brouillard ou
sous la pluie, entre deux journées de plage, ou de transpiration à 40 degrés.
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