Puis c’est la ville : cinq jours à « Tana » : visites (palais de la Reine, place de l’Indépendance,
ambassade, école de la directrice, parc zoologique avec ses lémuriens).Et il nous arrive toutes les aventures typiques de touristes qui tentent de se débrouiller par eux-mêmes, notamment pour la première rencontre avec les taxi-be, ces gloutons déroutants qui avalent des voyageurs jusqu’à sassiété : je prononce mal la direction où je veux aller, on nous indique le mauvais transport, et nous nous retrouvons à l’autre bout de la ville.
On prend quelques temps plus tard un autre mini-bus. On s’entend cette fois sur la destination, que nous connaissons. Malgré nos interrogations, il nous laisse à mi-chemin seulement, et ne nous rend pas la moitié de la monnaie attendue. Néanmoins c’est la seule personne pas très fiable que nous ayons rencontrée. Perdus et hors du plan fourni par le Routard, nous errons une heure dans un quartier non francophone autour de la ville, en demandant notre chemin tous les dix mètres.
Dicton du jour : Vazaha, ne pars jamais sans avoir recompté ta monnaie.
Découverte des rues encombrées, premières bouffées de pots d’échappement, qui ne cesseront de polluer nos balades, bains de foules, slaloms entre les petits vendeurs et leur marchandise, étalée sur une couverture ou bien à même le sol, sur le trottoir. Un puits, en plein milieu d’une rue. Les petits, dès 3-4 ans y viennent chercher de l’eau dans des seaux qu’ils remplissent puis ramènent chez eux en titubant, leurs pieds nus et sales cherchant appui sur des morceaux de goudron défoncés, entre les trous poussiéreux, évitant aussi d’autres petits pieds tout identiques qui font le même travail. Le Routard tourne la description des routes de manière amusante en disant qu’à Madagasacar ce ne sont pas des pistes goudronnées avec beaucoup de nids de poules, mais bien plutôt des pistes de terres, avec par-ci par-là quelques restes de goudron…
Sur les trottoirs on vend de tout partout, ou plutôt n’importe qui (femmes âgées, enfants, éclopés) n’importe quoi (vieilles chaussures, bouteilles d’eau vides en plastique, machines à écrire) n’importe où (devant une porte, dans des escaliers, par les fenêtres d’un mini-bus).
Repas dans les boui-boui : au cœur des marchés, qui forment de véritables villes aux rues interminales, se cachent de petites gargottes, c’est-à-dire quelques tables en U et des bancs, une femme au milieu s’occupant à servir, à partir de grosses marmittes, des assiettées de riz, de brèdes (sortes d’épinards) parsemés de quelques miettes de zébu. Ce repas, excellent, est accompagné d’eau de riz. Il coûte l’équivalent de 0,50 d’euro. Le vazaha (c’est-à-dire le Blanc) ne mange jamais dans de tels endroits en principe. En effet, la propreté y est aléatoire. On nous regarde donc l’air un peu étonné mais avec beaucoup de discrétion. Quelques signes seulement nous indiquent leur volonté de discuter avec nous.
On y rencontre une jeune fille, étudiante. Elle mange là car c’est sa tante qui tient la gargotte. Après plusieurs questionnements elle nous confie son rêve : travailler à Las Végas. Ce symbole de faste et de plaisirs n’épargne aucun coin du monde.
Ce sont les enfants en général les moins timides. Mais tous, de manière générale, nous renseignent très aimablement, calmement, simplement.
La nourriture est parfois indéfinissable au premier abord : de longs boudins, roses au centre, qui ressemblent à des rôtis de porc, sont en fait un mélange de riz et cacahuètes caramélisé enroulé dans une feuille de banane. Les plats traditionnels sont inspirés parfois de cuisine asiatique : samoussas, soupes de pâtes sautées, riz cantonnais. De manière générale, on trouve du riz, de la banane, et en ce moment de la papaye dans la plupart des plats, sous toutes les formes possibles.
Le marchandage est épique car la nouvelle monnaie ( en cours depuis 4-5 ans) n’est toujours pas utilisée par tous. La plupart parlent encore en francs malgaches. Malentendus assurés.
Le temps est très changeant sur ces hauts plateaux. Il fait assez doux avec le soleil, mais le vent reste frais en cette fin d’hiver. On pourrait enlever et remettre les pulls quinze fois par jour.
Bref, il faut s’habituer à ce nouvel environnement. Les yeux sont accaparés de tous côtés : vers le bas les étalages des trottoirs ; en direction du ciel, les lémuriens ou les caméléons du zoo perchés sur les hautes branches ; devant vous les marchands qui se précipitent sur votre passage en tendant des mains remplies de bracelets en argent ou de patates douces grillées ; dans votre dos le klaxon nerveux d’un taxi pressé, qui laisse après son passage dans l’air déjà plombé de poussière une fumée noire qui se dissipe peu à peu. C’est comme si ces véhicules pressaient leurs entrailles et puisaient dans leurs dernières ressources les plus profondes pour pouvoir avancer de quelques mètres avant de tomber en panne définitivement. Régulièrement des attroupements se forment pour pousser une voiture qui ne parvient plus à redémarrer.
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