Lundi 10 septembre 2007 1 10 /09 /Sep /2007 15:16

 

A Tolagnaro (Fort-Dauphin) 

Puis c’est l’isolement : huit jours dans ce qui pourrait passer pour une île déserte. Arrivée en avion impressionnante : survol de la mer, quart de tour, virée en plein sur le lac, puis atterrissage sur la piste entre les montagnes et l’eau. Le chauffeur, qui nous attendait, un employé de la société QMM, ne nous dit pas un mot. On se sent comme kidnappés. Le trajet qui mène à l’hôtel traverse un désert de roche, en fait la carrière de QMM. Puis on s’enfile à la tombée du jour sur une piste de terre battue rouge telle celle d’un terrain de tennis, au milieu de la brousse, bordée de haute végétation, d’aloès, de pins. Univers fantastique, décor de film. La route débouche sur un terre-plein qui ne comporte rien d’autre que le panneau en bois :  « parking » ! Encore quelques pas dans le sable, et on parvient au bord d’un immense lac. On découvre plus tard les bungalows cachés et disposés dans les feuillages. Au milieu de nulle part, sort la gérante vazaha de l’hôtel, dans une autre vie coiffeuse en France.

Dicton du jour : Un Malgache qui ne parle pas français n’est pas très bavard !

 

Les cloches résonnent au loin , de l’autre côté du lac. Celui-ci communique en réalité avec la mer de temps en temps lorsque les rouleaux gigantesques parviennent à recouvrir le large banc de sable qui les sépare. C’est l’un des deux grands lacs autour de la ville. Dans la balade qui mène jusqu’à l’étendue sableuse, c’est la traversée des premiers villages : Ambinanibe. Lors de notre passage, tous arrêtent leurs occupations diverses pour nous regarder avec de grands yeux. Les femmes ont encore les mains dans leur bassine pleine de linge et de lessive. D’autres sont dans l’eau, à mi-mollets, et rincent les vêtements. Les hommes et les jeunes garçons, de l’eau jusqu’à la taille, promènent un filet pour récupérer crevettes ou crabes. Ceux qui sont sur la berge réparent les pirogues, le tout au milieu de quelques poules et poussins. Ils sont à quelques mètres de leurs habitations, cabanes de bois recouvertes de feuilles de palmiers séchées et roulées. Tantôt vers la gauche tantôt vers la droite selon les appels, nous saluons en agitant la main ou en prononçant « salame ! », en réponse au « bonjour Vazaha ! » des tout petits.  En chemin, l’instituteur du village nous interpelle et nous invite à repasser chez lui un jour pour partager nos pratiques d’enseignement. Il se montre très intéressé par l’évaluation par compétences. 

L’après-midi, visite de Fort-Dauphin, ville haute, ville basse.  Les rues sont calmes, voire désertes, à l’opposé de l’effervescence de la capitale. Une jeune femme ivre nous souhaite la bienvenue et nous dit regretter l’Indépendance, qui n’a été souhaitée que par les « vieux », nostalgique du temps où Madagascar était, quand même, un peu plus riche que maintenant. Toutes nos tentatives de démarches échouent. Nous arrivons soit trop tôt, soit trop tard… Il faut dire que la boutique orange n’est ouverte que de 15h à 16h30.

Au marché, nous cherchons du miel. De petites bouteilles en plastique gardant l’étiquette « rhum » contiennent un liquide doré qui y ressemble. Lorsque je demande, pour vérifier : « Inona ity ? » (qu’est-ce que c’est ?), à trois mètres à la ronde , on éclate de rire. La vendeuse prononce l’évidence. C’était bien du miel.

 

 

Malgré toutes ces découvertes, l’ennui se fait bientôt sentir à Vinanibe : une navette nous emmène parfois en ville, mais pas tous les jours. Par désoeuvrement, nous faisons du canoé dans le lac. Je sais, il y a plus à plaindre que nous….Il demeure que nous n’avons qu’une hâte, c’est d’emménager dans nos nouveaux logements. Tous les jours, on nous promet de nous y emmener, mais il  semble qu’ils ne soient pas encore prêts. Nous avons rencontré les trois autres Français qui vont travailler avec nous : le directeur et deux autres profs. Nous avons amplement le temps de faire connaissance. Nous commençons à éprouver de façon plus concrète le fameux « mora mora » (doucement doucement) malgache.

Par Ariane et Mathias
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