Partager l'article ! novembre 2007: Oups, nous revoilà enfin. Rubrique météo Dimanche 4 novembre : La chaleur ...
Oups, nous revoilà enfin.
Dimanche 4 novembre : La chaleur est lourde. Les jours derniers étaient orageux, Madagascar est en train de changer de saison. C’est un silence de plomb. Les lingères ont travaillé toute la matinée. Chaque dimanche est une fête. A côté de chez nous, les bords lacustres sont l’occasion pour les femmes de se retrouver pour laver leur linge (et celui de toute la famille…). Les vêtements étalés sur les herbes hautes aux alentours forment un patchwork aux dimensions géantes, aux couleurs bariolées, aux étranges formes trouées. Puis à la grande cérémonie de la lessive, ont succédé les cris des enfants jouant entre les tissus étendus.
Pendant un mois, le vent a remué ciel et terre. , aveuglant, fouettant, cinglant les visages, s’infiltrant dans les maisons, les salles de classe, laissant sur son passage une couche, parfois étonnamment épaisse, de sable et de poussière.
Rubrique géographie
Le chemin de l’école.
Des nouvelles de mon vélo chinois : étant à plat pour la énième fois, je prends une décision irréversible. Le lendemain, j’achetais le vélo le plus cher de tout Fort-Dauphin. Bref, à présent, fini le chemin de l’école d’une demi-heure à travers les dunes. Je faisais une à deux heures de marche énergique par jour. Mais c’est le seul sport à faire. (La natation est difficile car il y a eu beaucoup de vent sur les côtes et des vagues très dangereuses.) J’emprunte la « route QMM », la seule goudronnée de la ville et de ses environs.
Depuis la rentrée, chaque jour a fait l’objet d’un nouveau bouleversement. Le proviseur s’est avéré incompétent et non motivé dans la gestion de ce nouveau lycée, où tout est à créer. Ni une ni deux, voilà Mathias propulsé au rang de proviseur. Sur la planche, tous les emplois du temps à revoir, la gestion du personnel, la répartition des tâches, le projet d’établissement à rédiger et mettre en place, le dossier d’homologation. Inutile de dire que les vacances de la Toussaint étaient les bienvenues… même s’il a fallu aller tous les jours à l’école pour se mettre à jour dans tous les dossiers en cours.
L’enseignement avec les élèves est un réel plaisir. Ils ont, tous !, bon esprit, et rivalisent de
motivation, de travail et de volonté.
Malgré tout, quelques moments de détente pendant les vacances :
- la réserve de lémuriens : tout doux comme des peluches, ils nous sautent dessus dès qu’un banane est en vue.
- La baie de Lokaro : des criques toutes plus photogéniques les unes que les autres, avec l’eau turquoise, le sable fin et les cocotiers. Bref, rien ne manque pour un cliché de l’île.
- Le village d’Ambinanibe. Nous sommes partis à une demi-heure de vélo à travers les routes caillouteuses et sablonneuses, rendre visite à l’instituteur du village, dont nous avons eu l’occasion de faire la connaissance : une école qui ressemble à un entrepôt. Le toit s’effondre à moitié, les murs sont noirs. Il nous montre avec fierté de vieilles tables d’élèves à encriers, rayées par de nombreuses inscriptions d’élèves, don de je ne sais plus quel village français. Ce sont effectivement ses meilleurs tables.
- Le pic Saint-Louis : sommet que nous voyons tous les jours depuis la baie vitrée de l’appartement. Nous n’avons pas trouvé le début de la piste balisée. Du coup, l’ascension s’est avérée très sportive. Comme nous commencions à escalader un rocher, un jeune Malgache nous crie que ce n’est pas le bon chemin, et nous guide sur un sentier un peu plus praticables. Manque de chance, à un endroit donné, c’est las partie brûlée de la montagne. (Les opposants au parti avaient incendié le mont en signe de protestation lors des élections législatives). Le sentier est donc complètement effacé. Nous continuons au hasard. Arrivés à quelques centaines de mètres du sommet, je me pense prise pour cible par deux aigles qui tournoient autour de nous. Nous comprenons qu’ils sont attirés par les nuées de criquets qui s’envolent sur notre passage. Quoi qu’il en soit, observer les serres de la bête à deux ou trois mètres de ma tête ne me rassure pas du tout. Je ne fais pas la fière et redescends la montagne aussi vite que je le peux, en tenant un bâton au-dessus de ma tête en cas d’attaque. Cela semble bien ridicule, mais j’avais lu avant le départ que les vautours à Madagascar en cas de sécheresse et de famine, s’attaquaient aux zébus vivants pour se nourrir… Bref, belle promenade, riche en émotions.
Ici tout est luxe : la plupart des gens doivent se lever tôt (quatre heures) pour aller chercher des seaux d’eau. Au puits, ils font la queue : dix ou douze seaux attendent d’être remplis. Il ne s’agit pas de brosser un portrait pathétique. Le sable est noirci, souillé par des bouteilles en plastique, des morceaux de tôle rouillée, rares éléments que l’on ne récupère pas ici. Les vieilles boîtes de conserve sont précieuses et toutes réutilisés comme contenants pour des cacahuètes ou comme doseurs pour la vente du riz.
L’équipement et certains aliments sont parfois difficiles à trouver : un de mes premiers achats, un balai artisanal dont les épines d’arbres qui forment les franges sont fixées entre elles par une boîte de lait concentrée écrasée et clouée.
Pour les yaourts, j’ai trouvé une petite cabane qui en fabrique. Je suis devenu une fan inconditionnelle des yaourts maison. Mais parfois il n’y a pas de yaourt car le lait n’est pas arrivé de la brousse ! Monsieur Yaourt, oui, oui, c’est bien son nom, me fait des yaourts seulement pour moi car je lui en demande des sans sucre. Il me téléphone dès que c’est prêt. Un jour, je lui ai demandé directement du lait de la brousse. Comme je lui demandais naïvement pourquoi il l’avait fait bouillir, il me demande tout effrayé : « Comment ? Mais vous ne faites pas toujours bouillir votre lait avant de le boire ? ». J’ai dû lui répondre, piteuse, que d’habitude, le lait que je bois sort d’une brique en carton.
Les Malgaches connaissent la baguette, mais on a l’impression de manger tantôt du carton, tantôt du chewing-gum. D’autre part, la boulangerie se trouve au marché, à 20 minutes de chez nous. Du coup, la plupart du temps, je fais moi-même le pain. Idem pour les confitures : les bananes, qui ne coûtent rien, font une base parfaite. On peut y rajouter au choix, papaye ou coeur de boeuf. Deux nouveaux fruits de saison, très attendus, viennent d’arriver sur le marché : mangues et litchis. Quant aux pommes, il faut oublier. J’en ai vu une fois dans l’épicerie d’une des trois stations-essence de la ville (lieu privilégié pour la vente des produits français) : 20 euros le kilo !
Je n’oublie pas le proverbe du mois (ils sont faciles à trouver : il y en a un sur chaque lamba (le vêtement traditionnel des femmes = pièce de tissu enroulée en paréo autour de la taille, ou qui sert aussi de porte-bébé dans le dos !) :
Si la route fait de détours, c’est à cause des champs de patates.